3.0 out of 5.0 stars

 

Adapté du roman de Jennifer Mathieu paru en 2019 aux éditions Milan, Moxie s’inscrit dans le rang des films féministes à destination des jeunes adultes, les “teen-movies” avec des valeurs fortes et un bel exemple de sororité. Mais malgré une véritable volonté d’inclusivité, son traitement manque de profondeur et ne propose qu’un féminisme blanc, qui met de côté le rôle des femmes racisées et l’intersectionnalité. 

Moxie : un film rafraichissant pour commencer

L’intrigue est simple : Vivian, jeune femme de 16 ans découvre que sa mère était membre d’un groupe féministe dans les années 1990. Inspirée de leur mouvement et en colère contre le sexisme qui sévit au sein de son lycée, elle crée un fanzine militant, Moxie, et commence une révolution féministe au sein de son lycée. 

 

Au départ, Vivian est clairement passive, elle voit les ravages du patriarcat dans son lycée, avec notamment une liste dégradante qui se base sur des critères physiques des filles du lycée et les classe en fonction, mais n’agit pas. C’est l’arrivée de Lucy, nouvelle élève afro-américaine, déjà féministe et activiste, qui va lui faire comprendre que ce qui arrive n’est pas normal. On va donc la voir s’affirmer et évoluer au cours du film, et créer grâce au fanzine un véritable collectif contre le harcèlement, le mansplaining des garçons et la complicité des adultes du lycée.

 

Moxie dénonce certes le quotidien des femmes, mais on peut lui reprocher un manque certain de subtilité, qui le range définitivement dans la case des “teen movies”. Trop de sujets sont traités mais sans l’être en profondeur, et l’on ressort du visionnage avec l’impression d’un véritable flou dans le traitement du féminisme par les nouvelles générations. Malgré quelques touches d’originalité, notamment dans la vision de la sororité et dans la relation amoureuse entre Vivian et Seth, le film reprend les codes classiques du cadre du lycée, du sportif misogyne, du geek passé de banal à sublime en un été, du personnage principal qui se découvre une passion et devient populaire… Et c’est dommage, car le tout devient très convenu, sans pouvoir le qualifier d’engagé. Mais c’est pourquoi il est classé “adolescent”, Moxie s’adresse surtout aux nouvelles générations, qui pourront s’éduquer sur les problématiques liées au féminisme grâce à un film tout de même plus étoffé, moderne, inclusif et utile que ses prédécesseurs, avec une touche d’humour bienvenue. 

 

Car malgré toutes ces facilités dès lors qu’on maîtrise un peu le sujet, d’un point de vue de femme blanche, on reconnait en Moxie notre propre colère contre le patriarcat et les institutions complaisantes. L’aspect sororal est puissant en première lecture, il nous semble que l’on n’est pas seule dans ce combat et qu’il y a un espoir de faire changer les choses, de quoi devenir une source d’inspiration pour les plus jeunes. La notion d’allié est également introduite avec Seth, le “love interest” et apporte des nuances intéressantes. Cependant, il y a bien un aspect qu’il n’est pas bon de reproduire, celui du féminisme blanc.

Un exemple évident de féminisme blanc

En regardant pour la première fois ce film sur Netflix, on remarque la diversité du casting, encore si peu courante dans les productions : un personnage transgenre, une en fauteuil roulant, Claudia, la meilleure amie d’origine chinoise et trois jeunes femmes afro-américaines que l’on peut considérer comme principales dans l’intrigue. Mais alors, c’est plutôt positif ? Et bien, pas vraiment, car le traitement de ces personnages n’est pas le bon et a blessé de nombreuses concernées. Et ce n’est pas forcément la faute du film, qui est par ailleurs une excellente adaptation, mais celle du roman, où l’on remarque les problèmes. C’est alors qu’en tant que blanche, il faut se déconstruire pour remarquer tout ce qui ne va pas. 

 

Finalement, on a l’impression que les personnages racisés ne sont là que pour le quota. L’erreur principale, c’est le personnage de Vivian, que l’on a placé en héroïne. De ce fait, elle invisibilise les autres personnages, qui n’ont pas attendu son soudain réveil pour combattre le patriarcat activement, et prend tout simplement leur place. Le début du film dévoile une phrase assez choquante dans la bouche de Vivian, qui conseille à Lucy de s’effacer face au sexisme : “Fais-toi oublier, et ils passeront à quelqu’un d’autre”. La preuve s’il le fallait que ce personnage ne se découvre un féminisme qu’après le combat des autres, par l’opération du Saint-Esprit.

 

Vivian est mise face à ses privilèges et sa lâcheté, mais uniquement après avoir laissé ses amies racisées avoir des problèmes à cause d’elle : sa meilleure amie prend le blâme de la création du fanzine, tandis que Vivian lui avait reproché de ne pas s’investir, oubliant qu’une exclusion n’aurait pas forcément le même impact sur elle. C’est également Kiera, la capitaine de l’équipe féminine de football américain qu’elle pousse à se présenter lors d’un vote important, et qui doit subir les moqueries et la pression. Pourtant, c’est toujours elle qui est mise en avant, personnage blanc, ennuyant et classique par excellence, tandis que bien d’autres auraient mérité sa place avec plus de crédibilité, comme Lucy qui subit une double discrimination, sexiste et raciste. 

 

 

Moxie a tendance à vite oublier l’intersectionnalité qui existe dans toute lutte, le féminisme en étant un exemple courant. Un écueil dont la mise en abîme est révélatrice : Lisa, la mère de Vivian, jouée par Amy Poehler qui réalise aussi le film, lui confie son regret : “Nous avons fait des erreurs. Nous n’étions pas assez inclusives.” Une remise en question qui ne suffit pas, lorsque le traitement du féminisme reste si blanc. Moxie est donc un film accessible, une belle occasion de sensibiliser les plus jeunes au féminisme, mais sans oublier la large marge de progression dans la manière d’être inclusives.

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