Attendu souvent avec beaucoup d’impatience au Japon le « Hanami » est une célébration traditionnelle japonaise qui annonce l’arrivée du printemps. Cette période des sakura (« fleurs de cerisier » ou « cerisier » en japonais) devient de plus en plus populaire en Europe et notamment en France, où l’on commence à prendre l’habitude de se retrouver sous les arbres en fleurs et admirer ainsi ces magnifiques fleurs. 

Pourquoi à la saison des cerisiers en fleurs est elle autant importante au Japon ?

La floraison des cerisiers a une symbolique particulière au Japon. Leur beauté et leur grand nombre ne sont pas les raisons principales. La période des cerisiers en fleurs s’écoule sur une période courte, d’où sa grande valeur. 

 

Les fleurs ne s’ouvrent qu’entre la fin du mois de mars et le début du mois d’avril. Elles atteignant leur pleine floraison une semaine plus tard puis tombent progressivement les jours suivants. Cela ne dure qu’une dizaine de jour tout au plus. 

 

Sa symbolique évoque avant tout la nature éphémère des choses. Par ailleurs, le mot sakura, régulièrement utilisé dans les arts, la littérature et la culture populaire, fait résonner le concept philosophique crée par l’écriavain Motoori Norinaga, appelé mono no aware  (“le pathos des choses”, tiré du Bouddhisme). 

 

Au delà de cette symbolique puissante de la notion du temps qui passe, du renouveau, l’origine du Hanami est beaucoup plus profonde et a permis son ancrage dans la société japonaise. 

 

L'origine de cette tradition japonaise

Peu de sources textuelles ou même archéologiques peuvent nous apporter des précisions sur la naissance de la contemplation des fleurs de cerisier. Il semblerait que la coutume soit liée à un rite ancien de fécondité, célébré au moment du saké nouveau au printemps et en automne dans les villages japonais.

 

Ce rituel, qui avait lieu en avril, donnait lieu à un festival de débauche sous les sakura. La date officielle du premier Hanami qui a pu être établie correspond à l’an 812. 

L’Empereur Saga, fasciné par les fleurs de cerisiers, célèbre alors le premier hanami au jardin Shinsen-en à Kyoto. Les aristocrates vont donc célébrer ce jour puis ce sera au tour des samouraïs et enfin le peuple. Cependant, il faut attendre l’époque Edo (1603-1868) pour que cette célébration se popularise ainsi que pour voir apparaître des allées entières de cerisiers sur les sites aujourd’hui touristiques.

 

Au départ du hanami, on admirait la beauté de tout les arbres à fleurs. Le prunier, d’origine chinoise, avait ainsi la faveur des aristocrates à une époque où le Japon puisait son inspiration dans la dynastie chinoise des Tang. Le sakura, arbre autochtone, était alors considéré comme vulgaire. Pourtant, le hanami devient peu à peu exclusif au cerisier, comme l’évoque le recueil de poèmes Kokinshû (905) où l’on trouve plus de 110 poèmes sur la beauté des sakura contre 18 sur les pruniers.

Lors de l’ère Heian (794-1185), le Japon se replie sur lui-même afin assimiler ses nouvelles connaissances issues de la Chine. C’est également la période des jardins à Heian, ancienne Kyoto alors capitale impériale. Suite aux recommandations du célèbre livre de conception du jardin Sakuteiki  (datant de la seconde moitié du XIe siècle), les japonais plantes de plus en plus de cerisier.

De plus, ce dernier a un lien profond avec le riz et le saké. Depuis l’époque de Nara (710-794), il est coutume de contempler les sakura en buvant du saké. En effet, le hanami est la fusion de deux coutumes : l’admiration de la nature dans les jardins par les aristocrates et la fêtes du saké nouveau.

 

Peu présent dans les sources textuelles, outre la poésie, le cerisier trouve sa place dans les arts populaires comme l’estampe au XVIIIe siècle. Il est en revanche peu présente dans la peinture classique ou la gravure (ukiyo-e).

La représentation de la fleur de cerisier au Japon, sa signification et son utilisation.

Cette fête traditionnelle se popularise donc de plus en plus chez les jeunes d’aujourd’hui qui remettent au goût du jour les traditions japonaises.

 

Le hanami prône en effet la beauté des choses éphémères, un événement qui se chérit dans l’instant, à l’image des fleurs de cerisiers qui naissent et meurent rapidement.

La fleur de cerisier est la fleur du renouveau et du bonheur futur. En effet, l’éclosion apparaît juste avant la rentrée des classes. Outre la nouvelle année scolaire, c’est donc un moment d’introspection, tourné vers l’avenir, des nouveaux projets etc.

Mais c’est également un symbole identitaire national car poétique et philosophique. Elle évoque le gouvernement japonais depuis l’époque Nara ! La fleur de cerisier a été choisie à l’origine pour se démarquer de la Chine dont l’emblème était la fleur de prunier. Elle a depuis fait l’objet de nombreux détournements tout au long de l’histoire japonaise. D’abord associée aux alliés de l’Empereur pendant la guerre civile de 1868, elle est ensuite reprise par le gouvernement Meiji (1868-1912) pour asseoir sa domination dans plusieurs pays colonisés.

 

Du côté des Japonais, la fleur de cerisier devient un symbole d’espoir et de réconfort pendant la Seconde Guerre Mondiale (présente sur les avions des kamikazes ou sous forme de métaphores dans les discours politiques) où elle symbolise un peuple fort et uni cristallisant rapidement les espoirs d’une nation.

Ainsi les sakura sont tellement populaires qu’on les retrouve également dans la cuisine japonaise au printemps ! Le sakura-mochi, le thé vert parfumé à la fleur de cerisier… Son goût fleurie et subtile sublime certains plats et gourmandises japonaises, une popularité que l’on retrouve maintenant en France. Traditionnellement, les pétales de fleurs de cerisier sont séchées ou marinées dans du vinaigre. Elles sont ensuite salées afin d’assaisonner boissons et certains plats.

 

Il faut noter qu’une autre tradition fleuris du printemps existe au Japon: L’anniversaire de Bouddha, le Hana Matsuri, « fête des fleurs » se déroule en avril. Toutes les symboliques du hanami se retrouvent ici, où dans les temples bouddhistes japonais, les images, statuettes et toutes autres représentations de Bouddha sont arrosées de thé sucré appelé « Amacha » (infusion de feuilles d’Hortensia) ou de saké « Amazake » (mélange de riz et koji).

 

 

 

La floraison des cerisiers a donc une empreinte culturelle forte dans la société et la culture nipponne. Ces paysages uniques donnent l’occasion de se réunir sous les sakura et d’observer, méditer sur la vie de l’homme à l’image d’une fragile fleur de cerisier.

amelie_plumculture

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